Focus-Thème-Octobre 2020

Anne Sophie Noiret du Réseau de lutte contre la pauvreté

LA FRACTURE NUMERIQUE

Retour et suite sur notre thème du mois: la fracture numérique. Nous avons choisi d’interviewer une personne travaillant au plus prêt de cette problématique: Anne-Sophie Noiret qui coordonne le pôle aide à la jeunesse du « Réseau Wallon de lutte contre la pauvreté ».

Intervenant AMO – Hello Anne-Sophie, tout d’abord bonjour. Tu travailles dans le réseau de la lutte contre la pauvreté comme coordinatrice de projet. Peux-tu nous en dire un peu plus ?

Anne-Sophie Noiret– En fait, c’est une association qui est située à Namur et qui a été créée il y a plus de 30 ans à l’initiative de plusieurs associations. Elles ont fait le constat, à l’époque, que malgré le fait qu’elles travaillaient en première ligne avec des personnes pauvres et qu’elles les aidaient, cela ne suffisait pas pour faire reculer la pauvreté. La pauvreté continuait en effet d’augmenter. Pour ces associations, la pauvreté n’est pas une responsabilité individuelle, mais collective. Créer un réseau permettait donc d’être plus fort ensemble dans la lutte contre la pauvreté, l’accès aux droits pour tous et l’interpellation des politiques en vue d’obtenir des changements structurels allant dans ce sens. Notre association travaille avec les témoins du vécu/militants, qui sont des personnes vivant l’appauvrissement, la pauvreté et la pauvreté durable, dans une dynamique participative. Nous co-construisons avec les jeunes, les familles ainsi que des services de première ligne, des associations… des recommandations, des interpellations à destination des politiques.   Le RWLP est donc en lien très fréquent avec les associations membres du réseau, ainsi que des associations proches et d’autres acteurs sociaux, mutuelles, syndicats… et les témoins du vécu, les familles, les jeunes… Le RWLP s’est aussi équipe permanente qui travaille de façon transversale sur diverses thématiques : le logement, la santé, l’Aide à la jeunesse….

 

C’est donc un service relais ?

Oui c’est exactement ça. Nous faisons des constats à partir des familles et des jeunes et aussi grâce à nos partenaires divers sur le terrain. À partir des difficultés nommées, nous menons des combats qui nous amènent à interpeller les pouvoirs politiques en vue d’obtenir des changements structurels et plus de droits pour les personnes.

 

Oui mais dans ce cas, quel rapport avec la fracture numérique ?

Je travaille en lien avec le PEP – Aide à la jeunesse RWLP.   Le ministre-président Jeholet nous a demandé d’aller à la rencontre du terrain concernant la fracture numérique afin de comprendre la réalité qui existe pour les jeunes et leur famille. Cette demande s’est fait suite au confinement et au constat qu’une partie des jeunes n’ont pas pu suivre les cours durant cette période particulière. Nous avons donc sollicité les services de première ligne, les AMO plus précisément ainsi que des témoins du vécu militant (TVM) afin de recueillir leurs constats et observations, mais aussi celles des jeunes et des familles. Dans ce projet que nous avons nommé « Fibre solid@ire », j’ai établi une collaboration intense avec les AMO afin d’aller voir auprès des familles et des jeunes, mais également des travailleurs sociaux, comment ça se passait avant le confinement, pendant le confinement et ensuite de cerner au mieux la situation actuelle.

En parallèle, ma collègue travaille avec les témoins des vécus militants (TVM) qui sont très impliqués dans le travail avec le RWLP.

 

Suite à ces rencontres, quels sont justement les constats ?

Nous avons remarqué qu’il y a 4 grands constats à cette fracture numérique. Les familles se trouvent dans plusieurs cas de figures :

  • Elles ont du matériel mais pas d’accès à internet
  • Elles ont un accès à internet mais pas de matériel
  • Elles ont les deux mais ont des difficultés pour les utiliser
  • Elles n’ont ni l’un ni l’autre

Tous ces constats renforcent la fracture numérique des familles.

 

D’après vous, la fracture numérique est-elle une fatalité ?

 

Non pas du tout, nous pensons que c’est un combat supplémentaire mais pas une fatalité. La fracture numérique était déjà latente depuis quelques années mais elle a véritablement été révélée et accentuée suite au confinement.

La fracture numérique restera un chantier supplémentaire sur lequel nous allons continuer à travailler au sein du RWLP, dans les années à venir.

 

Quels sont les solutions envisagées dans ce cas ?

Il est important d’outiller les AMO qui sont des services de première ligne bien sûr, mais le plus important c’est d’outiller les jeunes et les familles. Concernant les services de première ligne, je pense qu’il serait intéressant d’augmenter les budgets afin de leur permettre d’acheter du matériel supplémentaire. Une chose importante également est de proposer des formations aux travailleurs sociaux, mais également aux familles, ainsi qu’un accompagnement de celles-ci dans le respect afin de leur donner le plus d’outils possibles dans l’utilisation des outils numériques et de leur permettre une appropriation à leur rythme.

Afin de répondre au mieux aux besoins du terrain, mais également des jeunes et de leur famille, nous continuerons à être présents sur le terrain afin d’aller à la rencontre des publics les plus vulnérables.

Enfin, nous nous posons les questions suivantes : est-ce que l’accès au numérique ne devrait pas faire partie de la sécurité sociale puisqu’il est de plus en plus exigé des services publics, administrations, monde scolaire… que les personnes soient connectées ? Nous travaillons au sein du RWLP sur des questions comme : est-ce que ces dépenses ne devraient pas être systématiquement prises en compte dans les budgets au sein des CPAS ; est-ce que l’accompagnement FOREM ne devrait pas aussi prendre en compte la fracture numérique, etc. afin que les familles puissent correctement s’outiller ?

 

Anne-Sophie un grand merci pour vos explications et bon travail à vous!