Focus thème Novembre 2020

Ce mois-ci, nous avons décidé de zoomer sur une action particulièrement intéressante dans le Brabant Wallon: CQFD. Nous sommes donc partis à la rencontre des deux protagonistes , Sarah et Sebastien, tous les deux intervenant sociaux à « la chaloupe »qui vont nous en dire un peu plus et nous révéler les rouages de ce beau projet.

 

Nico – CQFD c’est quoi exactement ?

Sarah : CQFD est une plateforme de cours en ligne. C’est un projet de « la Chaloupe » qui existe depuis quelques années. Depuis le mois d’août 2020, ce projet a été mis en lumière par la province du Brabant Wallon. Actuellement c’est aussi une « réponse au Covid », parce que nous savons que les jeunes sont en difficulté à l’école. Leurs cours sont arrêtés depuis le mois de mars et donc, on propose un soutien scolaire à ces jeunes. Cette aide est proposée via une plateforme en ligne. On met en relation des jeunes qui sont en demande de soutien scolaire avec des étudiants qui sont volontaires pour donner des cours particuliers aux plus jeunes, échanger leurs connaissances, etc. Le « plus » de CQFD, c’est que l’action permet une pédagogie alternative. Elle repose sur le partage des connaissances entre pairs. C’est quelque chose qui fonctionne super bien et pour lequel on est très fiers. En plus de créer un soutien scolaire, ça permet de créer du lien social et des rencontres. Là où chacun travaille individuellement, on s’est aperçu qu’on avait un objectif commun qui est de soutenir la jeunesse. Aussi bien les directions des écoles, les professeurs que les CPAS et les AMO. Si à l’heure d’aujourd’hui on est arrivés à de tels résultats, ce n’est pas uniquement grâce à nos efforts. C’est grâce à la somme des efforts de chacun. On doit dire un tout grand merci à tous les recteurs des écoles. Ils sont au moins une bonne trentaine dans le Brabant Wallon à avoir accueilli le projet tout de suite et à avoir mis tout en œuvre pour que ce projet soit promotionné dans l’école, sur des plateformes en ligne, auprès des parents, etc.

Sébastien: Nous tenons à remercier énormément l’UCL pour leur aide. Nous avons travaillé étroitement ensemble sur la campagne de communication. Ils nous ont également permis d’avoir accès aux auditoires, aux salles…  On a également eu un partenariat avec la Haute École Cardijn, avec Pôle Louvain, … Je ne voudrais oublier personne, mais nous avons eu de superbes partenariats pour ce projet.

Nico – L’âge du  jeune tuteur qui donne cours et ceux qui sont demandeurs est un plus ou plutôt une contrainte ?

Sarah : C’est vraiment un plus. Je pense que ce sont  leurs codes qui vont être le vecteur de la connaissance. Le transfert va se faire plus facilement par ce code commun et par le fait que le jeune demandeur va rencontrer un jeune tuteur qui sera plus âgé de 4 ou 5 ans plus ou moins. Le tuteur va peut-être l’inspirer, le jeune va peut-être le trouver sympa, cool et le feeling passera mieux. Je crois qu’à un moment donné, il faut passer la main, passer le flambeau. Et se dire: moi, en tant que parent, je délègue à un jeune de donner un cours particulier à mon fils/ à ma fille. En sachant que ce tuteur est passé par CQFD, c’est un jeune étudiant qui maîtrise la matière fatalement. Au final, ce faible écart d’âge vient soutenir le projet.

Nico – Quelle est la différence avec une aide individuelle privée ?

Sébastien : La différence c’est que CQFD est un projet social. Ce que l’on propose est un projet fait par les jeunes pour les jeunes. Donc, quand des étudiants du supérieur donnent  cours à des élèves du secondaire c’est un peu une relation « WIN/WIN ». D’un côté, on propose un job étudiant qui est du volontariat rémunéré et d’un autre, on propose à ces jeunes du secondaire et du supérieur de créer du lien, de se rencontrer afin de favoriser un accrochage scolaire positif. Par exemple, la différence d’âge comme expliqué un plus tôt,  n’est pas très grande et c’est ça qui va justement apporter quelque chose. Contrairement à l’école, on passe d’une relation d’apprentissage qui est verticale à une autre qui est horizontale. De plus, le tuteur a « carte blanche » pour pouvoir exploiter sa meilleure pédagogie. C’est ce qui permet à ce tutorat d’être beaucoup  plus interactif qu’à l’école. Quand cette relation prend, c’est quelque chose qui est vraiment génial, car comme dit Sarah, cette relation va perdurer dans le temps. Il arrive parfois que ça ne prenne pas. Mais d’après nos observations, une fois que cette relation est engagée, on remarque que nos tuteurs parlent de « leurs élèves » et à l’inverse, les élèves parlent des tuteurs comme les « leurs ». Ce qui prouve que cette relation horizontale, cette petite différence d’âge, ce partage des mêmes codes, favorisent une bonne relation.

Nico – Est-ce que cette aide est payante ?

Sébastien : En temps normal oui, c’est un soutien scolaire qui revient à 10 € de l’heure. On a un fond de solidarité qui permet à la chaloupe de contribuer de 50 % pour les familles qui sont dans le besoin ce qui revient alors à 5 € de l’heure. Pour le moment, on est soutenu par la province du brabant wallon, ce qui permet à CQFD d’être gratuit pour toutes les personnes qui en ont besoin jusqu’au 11 décembre.

Nico – Le Covid a-t-il perturbé le projet ?

Sarah : Oui, il a énormément perturbé les choses dans la mesure où CQFD propose une rencontre. C’est-à-dire, proposer au tuteur d’aller directement au domicile de l’élève. À l’heure actuelle, les choses ont changé dues aux normes sanitaires. Il faut mettre en action cette distanciation physique et donc modifier cette rencontre. Ce qui a changé fondamentalement est la formule. Passer d’une formule physique à une formule en ligne et ça, ça a été un grand défi. C’est-à-dire que les jeunes sont saturés et fatigués d’être toute la journée derrière leur pc pour suivre les cours en ligne. Sans oublier leurs difficultés de compréhension avec ces cours à distance. Et nous, nous n’avons pas de choix que de leur proposer un soutien scolaire en ligne et à distance. Mais le coté où on est confiants, c’est que l’on sait qu’on va le faire différemment, on a confiance en nos tuteurs. Comme l’a dit Sébastien, on va creuser la créativité, donc pour nous ça devient une opportunité de se réinventer.  Effectivement ce Covid ce n’est pas cool, mais c’est une opportunité et on frappe la balle au rebond parce que l’on voit que le nombre d’heures de tutorat ne fait qu’augmenter de manière exponentielle alors que ce gros challenge est présent.

Nico – Quel était le ressenti, l’état d’esprit des jeunes par rapport au Covid ?

Sébastien : Avant de se lancer dans nos actions, au tout début du mois d’août, ce que l’on a fait, c’est que l’on a pris la peine de téléphoner à quelques parents, à quelques élèves et tuteurs pour voir un peu leur réalité. Pour essayer de viser juste dans ce que l’on avait envie de faire et mettre à profit ce soutien scolaire. C’était surtout un besoin des parents, ils paniquaient plus que les enfants. Ils se rendaient bien compte des difficultés qui existaient déjà et qu’elles devenaient de plus en plus importantes. Et qu’à ce moment-là, il fallait trouver un moyen et une solution. Nous ne nous sommes pas LA solution, mais UNE solution parmi d’autres. C’est comme cela que l’on s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire avec CQFD. Il y a une demande, une détresse, un besoin, ce qui nous a poussés à agir au début du Covid. Maintenant pour moi, le défi actuel est le fait de pouvoir accrocher des nouveaux utilisateurs de projet. Parce que ce que l’on propose avant tout, c’est une rencontre et du soutien scolaire. La rencontre va être compliquée à faire en virtuel ce qui est pour moi le défi de ce confinement 2.0 et d’un autre côté, il va falloir travailler sur la continuité des relations qui existent déjà entre les élèves et les tuteurs actuels. C’est une bonne opportunité pour déployer notre créativité et se réinventer.

Sarah : Ce qui est bien ce sont les retours que l’on reçoit. Quand on voit le nombre d’élèves qui s’inscrivent, quand on a quotidiennement des appels de parents, d’élèves, cela nous encourage et on voit que ce que l’on fait sert, et on est encore plus déterminés. La crise est là, certes, mais c’est justement parce qu’elle est là qu’on ne s’arrêtera pas. La crise ne va pas s’arrêter tout de suite, il y a beaucoup de jeunes qui sont en difficulté scolaire, ça creuse aussi les inégalités sociales mêmes si on n’en parle pas beaucoup. Cela fait partie des missions de la chaloupe de lutter contre cela ce qui donne envie de frapper encore plus fort et nous donne envie de continuer à en faire plus.

Nico – En général quels sont les cours qui reviennent le plus ?

Sébastien : Forcément le premier c’est le cours de mathématiques qui est la bête noire de tout le monde. Après, en deuxième, je dirais sciences et ensuite néerlandais ainsi qu’Anglais.

Sarah : Ce que l’on a pu repérer aussi et que l’on ne soupçonnait pas, c’est que le Français aussi est très demandé. On ne s’y attendait pas du tout, mais il y a eu une demande énorme. Ça va de pair avec la nouvelle génération, avec les nouveaux outils qu’ils utilisent et surtout le langage parlé qui est différent du langage écrit.

Nico – Quel est votre rôle dans le projet CQFD ?

Sébastien : On se partage les tâches équitablement. On gère la plateforme, on s’assure que tout se passe bien dans les tutorats, on collabore avec les gestionnaires du site internet, on s’occupe du recrutement. On s’occupe également de l’information et de la communication aux parents, la continuité du développement du projet, la recherche de partenariat, l’organisation des tutorats de groupe, etc.. C’est donc plus un rôle de coordination, de gestion et de développement du projet.

Nico – Vous avez des retours des jeunes ?

Sarah : Oui, nous avons tous les jours des contacts téléphoniques avec les jeunes et les tuteurs. Par exemple certains tuteurs qui n’ont plus de job étudiant à cause de la crise sanitaire et qui sont alors plus disponibles pour les tutorats et qui sont full. On a aussi alors le job de dispatching dans ce cas-là. Si quelqu’un à trop de demandes on va essayer de dispatcher pour permettre à tous les tuteurs d’en profiter. Au niveau des élèves, on a comme retour qu’ils sont contents parce qu’ils peuvent envoyer des SMS à leur tuteur quand ils ont une question pour leur cours et qu’au final un lien se crée entre eux.